vendredi 7 mars 2008, par Eric Loeve
Bonjour à tous,
* Fin 2006, le gouvernement Temaru, en la personne de son ministre de l’Environnement, M. Georges Handerson, et sous l’impulsion de son directeur de la Direction de l’Environnement (Diren) de l’époque, M. Pierre Coissac, a lancé un vrai programme de lutte contre la PFF qui s’étend depuis au moins le début des années 90.
* Dès le début de 2007, sous le ministère de Mme Maina Sage, du gouvernement Tong Sang, l’armée a été mise à contribution pour aider les équipes délimitant les zones contaminées et le gouvernement a élargi et appuyé le plan de lutte de la Diren, financièrement. En même temps, les professionnels de la désinsectisation ont mis tous leurs moyens en oeuvre pour traiter les zones délimitées, pour aider au maximum la Diren dont chacun sait que le corps de métier n’est pas la lutte chimique sur le terrain. Ceci a été la plus sérieuse attaque depuis la découverte de la peste, mi-2004. Le budget concédé était néanmoins dérisoire face aux besoins réels.
* Mi-2007, les résultats commençaient à se faire sentir, la tranquillité revenait dans les zones traitées et le plan de lutte commençait à se structurer de façon durable lorsqu’un avion est tombé en mer, emportant tous les hauts responsables administratifs de ce plan de lutte. Dans le même temps, la nouvelle alternance gouvernementale désorganisait profondément l’ensemble de l’administration, le coup de grâce venant avec le report du vote du budget 2008 qui a contraint au remerciement de tout le personnel de terrain au niveau de la détection et au gel de tous les accords avec les professionnels de désinsectisation.
* Ce qui s’est passé sur la crête du Taharaa fin janvier 2008 reste la seule et unique opération depuis le début de cette année. Ceci a eu lieu à la seule initiative des victimes et de Fenua Animalia. La Diren s’y est impliquée comme elle a pu, par les survivants du désastre humain et administratif qu’elle vit depuis le 9 août 2007. Côté gouvernemental, sans budget, sans chefs motivés au-delà des mots, il ne se passe plus rien, il ne reste plus rien, tout est détruit. Côté civil, les pluies, ininterrompues depuis fin novembre, ont contraint à stopper les traitements de fin d’année. La seule tentative sérieuse de 2008 a été entièrement détruite par la pluie dans les heures qui ont suivi la fin du traitement, le 17 février 2008.
La fourmi est donc toujours là, s’étend toujours, librement depuis 2005 là où le budget 2007 n’a pas permis de traiter (2/3 des zones connues) et recommence à s’étendre là où la lutte a pu être menée en 2007.
Les professions de foi des candidats aux municipales font très rarement allusion à cette peste, y compris dans les communes les plus touchées, tout au plus la peste y est simplement citée. Aucun des candidats en apparence préoccupés par cette invasion n’a pris contact avec nous pour préparer son programme sur ce point, mis à part l’équipe actuellement en place à Arue qui s’était impliquée sur le Taharaa avec la Diren et la commune de Pirae dont un conseiller fait partie des victimes du Taharaa. À ces exceptions près, les victimes restent seules face au fléau, totalement abandonnées par toutes les administrations.
Le nombre de victimes est sans doute encore trop faible pour réellement mobiliser les grands décideurs mais nous savons tous que lorsqu’ils le seront enfin les budgets à accorder à cette lutte ne seront plus envisageables pour le pays, à cause de leur énormité. Il semble bien que la Polynésie soit en train de céder, comme la Nouvelle-Calédonie a cédé, mais la Polynésie n’aura pas de nickel pour se raccrocher lorsque le désastre impactera profondément son tourisme et son agriculture.
Ceci est d’autant plus désolant qu’il reste encore possible d’éviter ce qui se profile, pour les quelques petits mois qui viennent et à condition que soient concédés des moyens réellement à la hauteur du désastre tant qu’il est dans son état actuel. En suivant la pente actuelle la partie sera définitivement perdue d’ici la fin de l’année ou le début de la prochaine.
Aujourd’hui, la désorganisation est totale tout serait à reconstruire pour lutter. La politique, par son indifférence durable, va-t-elle abandonner toute la Polynésie à la PFF ?
Sincèrement, Éric.